En Aucun Cas : Gnassimbé ou le mal togolais

 In Commentaires, En Aucun Cas

Par Foly Satchivi (En Aucun cas, Togo)

“Ici, je ne me considère pas seulement comme le porte-parole du mouvement En Aucun Cas, mais je me considère surtout comme le porte-parole de tous ceux qui cherchent à se libérer de 53 ans de règne de la famille Gnassingbé. Je me considère comme le porte-parole de tous ces opprimés, de tous ces exploités, de tous les villageois qui boivent la même eau que les animaux. Aujourd’hui je suis le porte-parole de tous ces paysans qui cultivent la terre mais qui sont incapables de se payer une sandale. Je suis aussi le porte-parole de tous ces étudiants qui réclament de meilleures conditions de vie. Je suis le porte-parole de tous ces médecins et enseignants, actuellement en lutte dans mon pays qui demandent de meilleures con-ditions de travail et de vie. Je suis le porte-parole de tous ces messieurs qui se plaignent de la mauvaise gouvernance de M. Faure Gnassingbé. Je parle au nom de tous ceux qui souf-frent dans leur for intérieur, contraints à l’exil politique, à un exil douloureux, séparés de leur famille, ils ont leurs projets pour leur pays mais aujourd’hui ils ne peuvent plus retourner dans leur pays.

Mon pays, le Togo, est indépendant normalement depuis le 27 avril 1958, mais le père de l’indépendance, Sylvanus Olympio, s’est dit qu’il n’était pas encore prêt pour proclamer l’indépendance et qu’il fallait attendre encore 2 ans aux côtés des Français, le temps de se préparer pour mieux diriger les choses. C’est ce qui a fait que ce n’est que le 27 avril 1960 que l’indépendance a été proclamée. Le père de l’indépendance était un panafricain au même titre que Kwame Nkrumah. Il avait dit depuis 1960 qu’il fallait changer le Franc CFA. Le jour où il s’apprêtait même à changer le Franc CFA, où il a voulu changer de monnaie pour le Togo, on l’a tué. Gnassingbé Eyadema a revendiqué cet assassinat.

À partir de 1967, Eyadema prend le pouvoir par un coup d’état et dirige le Togo comme si c’était son champ. Personne n’était autorisé à dire le contraire de ce qu’il pensait, sinon vous mourriez. Des milliers de personnes ont été tuées sous son règne.

En 1990, après la conférence de la Baule, un vent démocratique a soufflé sur le Togo. Piloté par des étudiants un 5 octobre 1990, les populations se sont révoltées pour exprimer leur désir de change-ment. Elles ont obtenu de participer à la conférence nationale souveraine.

Après cette conférence on pensait normalement que notre pays ne serait plus dirigé par un Eyadema. Mais triste sort. Nous avons voté une constitution en 1992 pour limiter à deux les mandats présidentiels.

Il y a eu des élections législatives, l’opposition les avait remportées. Mais Eyadema a réussi à diviser l’opposition et imposer son premier ministre, Edem Kodjo en violant l’esprit de la Constitution et du régime parlementaire en vigueur.

En 1999, il y a eu une seconde élection, il l’a volé : on était en train de proclamer les résultats quand soudain, le général d’armée Seyi Memene a fait irruption et a enfermé tout le monde. Il a convoqué la presse à la mairie centrale de Lomé et proclamé les résultats : Gnassingbé Eyadema gagnant. (…)
Eyadema avait promis en 2002, il avait juré et même écrit noir sur blanc devant Jacques Chirac, qu’il n’allait pas se représenter en 2003, conformément à la loi qui fixe le nombre de mandat à deux. Tout le monde l’avait cru. Mais le 31 décembre 2002, nous sommes un pays chrétien, pendant que tout le monde est à l’église, Eyadema convoque ses députés pour modifier la constitution et se permettre des mandats renouvelables.

En 2003, Eyadema organise sa réélection.

Mais en 2005, il meurt. Faure Gnassingbé est alors ministre des équipements ruraux. La nuit de la mort d’Eyadema le 5 février 2005, le président de l’Assemblée nationale qui devait assurer l’intérim est envoyé en mission en France. Une fois sur place il a reçu l’interdiction de retourner sur le territoire. Avec la complicité de l’armée, le ministre Faure Gnassingbé devient député alors qu’il était suppléant. Puis il est élu Président de l’Assemblée Nationale pour devenir de fait l’héritier de son père dictateur en assurant la vacance du pouvoir. Quand les populations ont voulu s’insurger, Faure Gnassingbé a fait tuer 1000 personnes selon le rapport de la ligue togolaise des droits de l’Homme, et 500 personnes selon le rapport de l’ONU. Ils avaient distribué des machettes aux gens de son ethnie pour s’opposer aux manifestants. En réalité, le pays était divisé par les appartenances ethniques. Le pouvoir manipule et instrumentalise ses différences pour se maintenir, même au prix de semer les germes d’une guerre civile. Finalement Faure Gnassingbé a contenu le pays après avoir tué 1000 personnes et se maintient au pouvoir après des élections frauduleuses.

Le 19 août 2017, un grand vent sans précédent a soufflé sur le Togo. Des manifestations éclatent dans toutes les villes. Dans 15 pays de la diaspora il y avait des manifestations, pour demander le départ de la dictature. Un million de personnes est sorti à Lomé, des milliers de personnes sont sortis à l’intérieur du pays. Dans cette contestation les femmes sont devant comme nulle part ailleurs. Aujourd’hui, il est impératif de poursuivre l’éducation des masses qui les amplifie. Je pense qu’il faut un grand travail de sensibilisation et de formation pour rassurer les gens et consolider l’unité nationale.

Mais je pense qu’il faut véritablement leur expliquer que nous ne sommes pas en réalité contre Faure Gnassingbe parce qu’il est Gnassingbe, mais parce qu’il gère mal les choses…”



Foly Satchivi,
En Aucun cas (Togo)

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